WASHINGTON (Reuters) - L'attribution du prix Nobel de la paix vendredi à Al Gore a renforcé la détermination des groupes qui militent pour qu'il se lance de nouveau dans la course à la Maison blanche.
Les conseillers de l'ancien vice-président démocrate, battu par George Bush dans des conditions controversées en 2000, tentent toutefois de calmer l'enthousiasme de milliers de militants du Parti démocrate qui souhaiteraient qu'il rentre dans l'arène.
Ils soulignent que Gore ne semble guère intéressé, en ce qui concerne son avenir personnel, par l'élection de 2008.
L'organisation draftgore.com est en pointe de ce mouvement d'opinion qui veut pousser l'ancien vice-président à tenter une nouvelle fois sa chance. Elle a fait paraître mercredi dernier dans le New York Times, sur toute une page, une "lettre ouverte à Al Gore".
"De nombreux candidats de valeur briguent l'investiture démocrate. Mais personne d'autre que lui n'a l'expérience, la vision, la place dans le monde et le courage politique qui conduisent à la victoire", estimaient dans cette lettre les amis d'Al Gore.
"Nous croyons que dans ces circonstances il n'a pas d'autre choix que de franchir le pas (...) - se présenter à la présidentielle", a renchéri vendredi l'organisation après l'annonce du prix Nobel.
Monica Friedlander, fondatrice de www.draftgore.com, estime que Gore "est désormais en position de faire toute la différence".
Il est vrai que le nouveau prix Nobel, apôtre de la lutte contre le réchauffement climatique, a occupé ces derniers mois une place privilégiée sur la scène internationale, grâce notamment à son film "Une vérité qui dérange" qui a obtenu un Oscar à Hollywood.
Current TV, sa société de télévision, a également été récompensée d'un Emmy Award le mois dernier pour ses réalisations dans la télévision interactive.
Après avoir vu rejeter par la Cour suprême son appel contre l'élection de George Bush en 2000, la plus serrée de toute l'histoire des Etats-Unis, Gore a eu du mal à surmonter cet échec. Il a passé quelque temps en Europe... et s'est laissé pousser la barbe.
DES CONSEILLERS PLUS QUE PRUDENTS
Un moment considéré comme adepte de la langue de bois, il passe aujourd'hui comme un briseur de tabous - pas seulement sur les questions climatiques - et ne répugne pas à voyager à travers le monde pour faire partager sa vision des choses.
Alors que les Etats-Unis se préparent à l'une des élections présidentielles les plus ouvertes depuis plus de cinquante ans, les anciens conseillers de Gore, comme Julia Payne, soulignent que leur ancien patron ne paraît plus guère intéressé par la politique.
"La dernière fois que je lui ai parlé, lors d'un mariage à Nashville, nous avons discuté d'ampoules et de lampes, pas de politique", dit-elle.
Carter Eskew, qui parle à Gore une fois par semaine, ne pense pas non plus qu'il se représentera. "Il ne l'a pas exclu techniquement mais je peux vous dire que rien, dans son attitude comme dans ses propos, n'indique qu'il va se représenter", dit-il.
La porte-parole de Gore, Kalee Kreider, est encore plus catégorique. "Il n'a vraiment pas l'intention de se présenter à la présidentielle en 2008", a-t-elle dit récemment.
Mais toutes ces mises au point, qui pourraient également relever de la guerre psychologique, ne font pas renoncer les adeptes du mouvement pro-Gore.
Peter Ryder, de Cedar Rapids, dans l'Iowa, a juré de convaincre l'ancien vice-président. Son groupe Algore.org organisera le 11 novembre un concert pour recueillir les fonds nécessaires.
Pour lui, aucun des candidats à l'investiture démocrate n'a la stature de Gore. "On a besoin de lui maintenant (...). Je pense que ce qu'il nous faut, c'est plus qu'un simple 'bon président'. Il faut quelqu'un qui ait le potentiel pour faire quelque chose de grand. Et Al Gore a ce potentiel."
Un autre militant "goriste", Jim Tate, de Virginie occidentale, et tout à fait d'accord. Il craint que l'actuelle favorite des sondages côté démocrate, Hillary Clinton, ne soit pas en mesure de battre le candidat républicain "en raison de son passé".
Hillary Clinton, tout comme Barack Obama et John Edwards, également candidats à l'investiture démocrate, ont publié vendredi des communiqués pour féliciter Gore.